lundi, janvier 24, 2005

30 ans ça suffit : discours de clôture

Bien chers Amis,

Nous voici rassemblés en ce lieu ,familier à beaucoup d’entre nous, non pas pour commémorer le 30ème anniversaire de la loi Chirac – Giscard – Veil mais au contraire pour rappeler que cet anniversaire marque une date bien sombre dans l’histoire de notre vieux pays.Pouvait-il y avoir lieu plus riche de signification et de témoignage que ce rassemblement au pied de la montagne des martyrs-mons martyrum-Montmartre-à l’issue de notre manifestation ?

Le véritable niveau de civilisation d’une société ne se mesure pas en Produit Intérieur Brut ou en jours de RTT , il s’estime à la place qu’elle réserve aux plus faibles de ses membres. Tout le reste n’est que barbarie, affublée selon les époques des oripeaux du culte de la classe ou de la race, de la quête effrénée du plaisir ou de la crainte mythique de la surpopulation.

Or est-il un être plus faible que l’enfant à naître ?

Nos détracteurs nous diront qu’il n’y a pas d’enfant sans projet parental ou que jusqu’à une date fixée par la loi il n’y a qu’un amas de cellules.

Ainsi selon les pays le passage à l’état d’enfance varierait.

L’enfant existerait à partir de 10 semaines de grossesse au Danemark, en Grèce, en Italie, en Norvège, à partir de 12 semaines en France ou en Autriche mais seulement à partir de 24 semaines en Espagne. Tout cela est il bien sérieux ?
Ni plus ni moins que de parler d’Interruption Volontaire de Grossesse pour désigner l’avortement .Une interruption ( du son , de l’image ou du trafic) est par définition momentanée, L’avortement est une cessation définitive.On n’a jamais vu la même grossesse reprendre son cours après une « interruption volontaire ».

La diversité des dates légales de limite d’avortement à travers le monde démontre bien le caractère parfaitement arbitraire et donc totalitaire de ces mesures. Nous pensons à Jean-Paul II évoquant la « démocratie totalitaire « et écrivant dans Evangelium Vitae :

« Lorsqu’une majorité parlementaire ou sociale décrète la légitimité de la
suppression de la vie humaine non encore née, même à certaines conditions, ne prend-elle pas une décision « tyrannique » envers l’être humain le plus faible et sans défense………..En réalité, la démocratie ne peut être élevée au rang d’un mythe, au point de devenir un substitut de la moralité ou d’être la panacée de l’immoralité. Fondamentalement, elle est un « système » et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère « moral » n’est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain : il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. »

De même Jean-Paul II n’hésite pas à écrire toujours dans Evangelium Vitae :
« Lorsqu’une loi civile légitime l’avortement ou l’euthanasie ,du fait même elle cesse d’être une vraie loi civile qui oblige moralement…L’avortement et l’euthanasie sont donc des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer.Les lois de cette nature non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience ».Nous sommes donc ici réunis plus autour d’un état de fait qu’à l’occasion d’une véritable loi. Quant à soutenir que c’est le désir parental qui fait l’enfant c’est au sens le plus strict du terme prendre ses désirs pour des réalités et croire que notre volonté suffit à créer le réel. Il n’y a plus alors de réalité objective mais uniquement des projections de notre esprit et de notre volonté.

N’existe que ce à quoi notre esprit donne la vie. Tentation démiurgique relevant de l’asile psychiatrique pour enfants, nourris mais non élevés, auxquels ont manqué au bon moment les salutaires fessées,premiéres étapes-cuisantes- du retour au réel.

Alors bien sûr nous pouvons argumenter :mettre en avant les progrès de la génétique moderne ,qui doivent tant aux travaux du regretté professeur Lejeune, et qui mettent en évidence l’existence d’une cellule différenciée de la mère dès la fécondation, évoquer les conséquences démographiques désastreuses du mélange mortifère avortement / contraception ; dénoncer l’ampleur des traumatismes post-avortement chez les mamans qui ont avorté. ..

Nous risquons de passer à côté de l’essentiel si nous oublions que l’être humain n’est pas qu’une machine rationnelle. Il est trop souvent le jouet de ses passions, actualisation permanente d’une nature humaine blessée car déchue depuis la faute originelle.

Que valent les arguments rationnels quand Eros est roi et plie tout à sa loi du plaisir sans limite et sans responsabilité ? Que valent les arguments rationnels quand l’inversion des fins fait de l’union de l’homme et de la femme non plus le moyen d’assurer la perpétuation de l’espèce, le plaisir venant en quelque sorte en récompense de cette œuvre salutaire, mais une finalité en soi.

Que nous le voulions ou non il nous faut toujours dans tous nos débats de société revenir à l’homme et à la notion qu’il a de sa destinée et de sa vocation réelle. Le reste n’est que bruits de bouche et « raisonnements » de tambour !

Il y a 10 ans déjà, Monsieur Boutros Ghali, secrétaire général de l’ONU livrait à la conférence de Rio le nouveau credo sur l’homme dont découlent toutes les atteintes à la vie dont nous voyons les conséquences autour de nous. « Au-delà et au-dessus du contrat moral avec Dieu, au-delà et au-dessus du contrat social conclu avec les hommes, il faut maintenant conclure un contrat éthique et politique avec la nature, avec cette terre même, à qui nous devons notre existence et qui nous fait vivre ». Tout est dit : l’homme est un élément de la nature à qui il doit l’existence, parmi tant d’autres. Le massacre des bébés phoques et, dans le meilleur des cas, le drame de l’avortement sont à mettre sur le même plan. C’est à l’aune de Gaïa, déesse mère que tout doit être jugé. « Un acte est bon quand il tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Il est mauvais dans les cas contraires » affirmait, il y a près de 20 ans déjà un rapport de l’UNESCO.

Notre engagement pour la défense de la vie humaine innocente n’est pas l’effet d’un conservatisme rétrograde ou d’un machisme militant il est au contraire le service exigeant de l’éternelle jeunesse de la Vérité.

Vérité sur l’homme qui n’est pas qu’un amas de cellules mais dont la dignité est d’être le fruit de l’amour d’un homme et d’une femme ,associés au dessein d’amour particulier d’un Dieu qui non content d’être créateur est également rédempteur, appelant chaque âme à jouir avec Lui de la vision béatifique.

Vérité sur la nature de nos ennemis et les moyens de les combattre. O bien sûr il y a la concupiscence de la chair,la recherche des plaisirs des sens indépendamment des conséquences naturelles de ces satisfactions,le poids des pressions amicales plus ou moins désintéressées,les réelles détresses matérielles ou affectives...

Mais il y a plus que cela et ceux qui ont eu l’occasion de participer aux chapelets organisés par SOS Tout Petits et de fréquenter les contre-manifestants me comprendront.
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Il est bien évident qu’à travers la défense de la vie, c’est tout un système de valeurs que nous cherchons à promouvoir. Défendre la vie c’est :

- affirmer le primat de l’être sur l’avoir,

- à contre-courant du « désordre immoral »savoir que l’esprit de jouissance détruit ce qu’avait bâti l’esprit de sacrifice et qu’une société ne dure et n’assure le bonheur de ses membres que si elle est fondée sur le respect de lois naturelles résumées il y a des millénaires dans le Décalogue,

- avoir la conviction que la société est un ensemble de familles et non une juxtaposition d’individus,

- croire à l’existence de réalités intrinsèques dont nous ne sommes pas maîtres : le Beau, le Bien, le Vrai, la Vie,
- observer que toute vie est un don est non un dû et qu’il n’est pas de vie si misérable soit-elle, de souffrances si atroces soient-elles qui ne puissent avoir un sens associées aux souffrances mêmes du Christ dans sa Passion,

- enfin dans sa vie quotidienne témoigner au jour le jour de la possibilité sereine de rester fidèle à l’Evangile de la vie.


De ces prémices peuvent découler une multitude de conséquences que je me permets de livrer à vos réflexions afin de rendre aux femmes de France leur dignité .Les pistes de travail pourraient être :

-permettre aux femmes qui le désirent d’avoir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent, sans être pénalisées financièrement, ceci grâce à l’instauration d’un véritable salaire maternel au moins égal au SMIC
- créer un véritable statut de la mére de famille.Aujourd’hui une femme qui s’occupe d’enfants qui ne sont pas les siens est rémunérée et acquiert des droits pour sa retraite.Dés qu’il s’agit de ses propres enfants ce travail devient bénévole,ne donne droit à aucune retraite et ,ultime humiliation,n’est pas pris en compte dans le calcul du sacro-saint PIB .

- libéraliser les procédures d’adoption afin que puissent être adoptés les enfant que leurs mères ne souhaitent pas conserver après la naissance,

- faire une chasse impitoyable aux publicités, aux films, aux jeux vidéos… qui présentent la femme comme un simple objet de consommation sexuelle,alors qu’elle est ce qui rend l’homme humain et que chaque mére est une image vivante d’amour ,de dévouement et de générosité.

- valoriser démocratiquement les familles qui ont des enfants et assurent l’avenir de la patrie par rapport aux consommateurs stériles, sans enfant ni avenir, en instaurant un vote familial donnant lors des élections au père un nombre de voix prenant en compte le nombre de ses garçons mineurs et à la mère celui de ses filles mineures,

- supprimer les subventions publiques aux associations qui font la promotion de l’avortement comme le Planning familial, et réserver cet argent aux associations qui aident les mères en difficulté à mener leurs grossesses à terme.


Cette journée n’est pas un aboutissement ni un point d’orgue.

Elle est un appel et un engagement.

Un appel aux autorités morales et donc en bonne partie religieuses de ce pays à s’engager, plus hardiment qu’aujourd’hui (cela devrait être possible….) dans la défense de la vie.

Quelle priorité nationale saurait être plus importante, plus au cœur des solidarités nationales et plus porteuse d’avenir, que la défense de l’enfant à naître et l’aide aux mères en difficulté. Voilà la ligne de partage qui devrait être au cœur des débats politiques contemporains.

Au travers de nos diversités nous appartenons tous à un grand parti d’opposition qui s’appelle la Vie. Puisse-t-il un jour prendre forme !L’exemple américain vient opportunément nous rappeler qu’il n’existe pas de sens de l’histoire qui rendrait irréversible la marche vers l’abîme et inutile toute résistance voire toute contre-offensive face au déferlement de la culture de mort.Il faut accepter à un moment de l’histoire d’être seul,après on s’aperçoit qu’on ne l’était pas et que ce qui nous paraissait poussiére était en fait semence de vie, voire d’immortalité. Cette journée est également un encouragement à poursuivre contre vents et marées le bon combat ,tant il est vrai qu’il n’y a pas de vérité tranquille et que se fiancer avec la vérité c’est se condamner au divorce avec beaucoup d’hommes.

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Jean-Pierre Maugendre
Paris, 23 janvier 2005