mardi, juillet 11, 2006

Familles : un rempart est aussi une cible…

Pendant les jours qui ont précédé l’immense orgie publique et outrancière de la « Marche des fiertés » homosexuelles, plusieurs propositions et rapports relatifs à la famille et aux droits des enfants sont venus donner l’illusion qu’au moins le gouvernement se préoccupe (aussi) du maintien des situations « normales ». Depuis la carte « famille nombreuse » aux avantages (modestement) étendus jusqu’au vote par le Sénat de nouvelles dispositions de protection de l’enfance en danger, des mesures sont ou seront prises. Mais la réalité n’est pas cellelà. La réalité, c’est que la famille n’a jamais été aussi attaquée, aussi surveillée, aussi déresponsabilisée par l’Etat. Cela n’a rien d’étonnant. Dans un pays où l’on tue légalement, par avortement chimique ou chirurgical, au moins 200 000 enfants à naître par an, où la mentalité contraceptive est inculquée aux jeunes dès le collège et si possible dès le primaire, où l’Education nationale se charge d’un véritable « avortement des esprits », que pouvons-nous attendre de mieux ?

On oublie parfois de prendre l’exacte mesure de la nature de la famille : qu’elle soit la « cellule fondamentale de la société », nous le savons et nous le répétons. Que les familles forment ensemble le « tissu social », nous en sommes convaincus dans un pays où, juridiquement, cela n’est au fond plus exact dans les faits depuis la Révolution : de loi en loi, de détricotage en détricotage c’est une somme d’individus qui est considérée comme la trame de la nation. Sur ce plan (ce n’est pas le seul), la République contredit la nature de l’homme. Elle méconnaît le rôle organique et vivifiant du mariage stable et indissoluble : sait-on que les nouveaux époux n’ont pas la possibilité de se promettre fidélité jusqu’à la mort dans le cadre d’un contrat de mariage civil ? Cela est hors la loi.

Si la famille est la cellule fondamentale de la société, cela veut bien dire qu’elle en est en quelque sorte le matériau de construction. La brique dont la multiplication et l’organisation peuvent seules donner existence à un édifice solide et harmonieux. L’on comprend bien que la brique cassée, la brique trop tendre y soient inutiles ou dangereuses pour la survie de l’ensemble. L’homme étant ce qu’il est, il faut bien sûr se garder de pousser l’analogie trop loin ; aucune famille n’est parfaite et le rejet des « non conformes » fait sans doute plus de mal que de bien.

Le problème aujourd’hui, c’est que les « non-conformes » fassent l’objet d’une sollicitude sans précédent de la part des pouvoirs publics, qui ont de fait nié le caractère exemplaire de la famille traditionnelle en favorisant tout ce qui empêche sa constitution, fragilise son quotidien et permet son éclatement. Ils font tout pour rendre le « matériau » de mauvaise qualité, ou inutilisable, et comme nous ne parlons pas de briques ou de légos mais d’hommes, ce sont des drames spirituels, psychologiques et même physiques qui se multiplient aujourd’hui.

A l’image de Dieu

Assurément ce suicide de la société ne se comprend qu’en retournant à la source de ce qu’est la famille, voulue par Dieu dès l’origine comme cadre de l’amour qu’il nous donne, comme image de sa Trinité, comme figure du lien entre le Christ et son Eglise, comme source du foisonnement de la vie des hommes appelés à être heureux avec Lui pour l’éternité. « Dieu vit que cela était très bon » : nous le savons et nous le croyons, et nous devrions comprendre dès lors pourquoi la famille est si attaquée dans une société qui rejette Dieu et se jette ainsi dans le refus de tout bien et de toute vie.

Comment cela se traduit-il aujourd’hui ? Au-delà de tout ce que nous savons des difficultés économiques et humaines qui dissuadent tant de jeunes de se donner l’un à l’autre pour la vie, il faut bien comprendre que toutes les dispositions d’apparence généreuse, créées pour venir en aide à des situations dramatiques, ont par leur généralité de terribles effets pervers. Pourquoi s’inquiéter trop devant une grossesse hors mariage, puisque les aides aux familles « monoparentales » (contradiction dans les termes) et spécialement aux « filles-mères » (expression ringarde, et quasi proscrite) sont automatiques et « budgétisables » ? Ce n’est pas le principe des secours qui est mauvais, puisqu’ils permettent de sauver des vies et des existences, mais l’idée, vite assimilée, que puisque l’Etat subventionne, tout cela est somme toute normal. La création d’une situation anormale, où l’on prend le risque de voir un enfant d’emblée privé de l’un de ses parents, le père dans l’immense majorité des cas, est en même temps créatrice de droits et de créances sur l’Etat. L’Etat qui joue dès lors le rôle de père nourricier… C’est la forme peut-être la plus aboutie du socialisme, dès lors que les enfants victimes de ces aberrations sont en outre confiés à la collectivité pendant que leurs mères travaillent pour assurer l’existence matérielle de leur foyer sans feu ni tête…

Il en va de même pour la constitution de foyers sans cadre : non seulement les unions de fait ne sont, elles, quasiment pas pénalisées par rapport au mariage légitime (au point que l’on ne peut plus distinguer, devoir de non-discrimination oblige, entre les droits des enfants naturels et ceux des enfants légitimes), mais un contrat « light », que l’on dénonce avec la plus grande simplicité de façon unilatérale, est en train d’emporter l’adhésion de couples qui se seraient peut-être mariés sans lui : le PACS.

Ce que l’homme sépare…

Quant aux couples qui étaient censés durer, ils durent de moins en moins. Là encore il n’a pas suffi d’une loi permettant et organisant la séparation pour dénouer des situations matérielles parfois inextricables quand la vie commune est impossible : allant au-delà de la simple légalisation du divorce, qui annonce l’acceptation par la société de la fracture volontaire de ce qui la constitue, les pouvoirs publics ont rendu cette fracture envisageable, aisée, prétendument indolore. Mais qui parle des enfants déchirés dans leur être même par la rupture du lien auquel ils doivent la vie ?

Tout un ensemble d’aides et une organisation aussi rigide finalement que le mariage lui-même donnent l’illusion de la normalité. L’opposition dans un couple ne se résout plus à la lumière de la nécessité de rester ensemble, qui a sans doute aidé à passer bien des caps difficiles : la dépendance ou l’interdépendance financière, le bien des enfants et la volonté de ne point en être séparé sont de puissants liens… Mais des liens aujourd’hui distendus puisque, par le jeu des pensions alimentaires, des allocations aux parents isolés, des aides au logement et des gardes partagées, le divorce est devenu une option viable et même, le cas échéant, une solution de facilité. Pourquoi s’en priver ? Par le caractère systématique de ses aides et par la création d’un cadre légal aux effets pervers, la société se retourne une fois de plus contre elle-même…

Un rapport de 298 pages, rédigé par Gisèle Gautier, sénatrice de Loire- Atlantique, est venu la semaine dernière rendre compte de ces réalités suicidaires sous le titre Familles monoparentales et familles recomposées, un défi pour la société française. Tout en constatant que celles-ci se sont multipliées et souffrent plus que les autres de la précarité, le rapport ne plaide pas pour la protection et le renforcement de la famille traditionnelle mais pour une « adaptation du droit de la famille » : positivisme juridique oblige, on ne sait plus imaginer que la mise en remorque du droit par rapport au fait.

En 1999, annonce le rapport, « on dénombrait 1,5 million de familles monoparentales », près d’une famille sur cinq, accueillant 15 % des enfants français ; au total, par le jeu des séparations et des divorces, c’étaient alors 25 % des enfants qui vivaient avec un seul parent, dont un tiers ne voyaient plus jamais leur père.

Discrimination positive

Que propose le rapport Gautier ? Que l’on actualise au plus vite ces statistiques obsolètes, étant donné l’accroissement rapide de ces chiffres par rapport aux années antérieures à ces dernières données à peu près certaines, issues du recensement de 1999 ; que les aides pécuniaires à ces « familles » soient augmentées ; qu’elles aient priorité pour les places en crèches ; que des formations professionnelles bénéficient en priorité aux parents isolés… Bref, que l’on organise à leur profit une sorte de discrimination positive... au détriment des familles stables et surtout nombreuses dont tout montre la paupérisation et qui, elles, sont les « murs porteurs » de l’édifice social.

Les cellules fondamentales de la société ne sont pas seulement des « briques » mais des organismes vivants auxquels on ne porte pas atteinte sans les rendre malades ou les détruire. Plus il y en a de cancéreuses ou de mortes, plus le corps social souffre. On ne les protège plus, on ne les soigne plus au niveau du corps social ; l’immense majorité des responsables politiques en place ou en lice s’en satisfait, ou ne veut point s’engager à inverser le cours des choses sous peine d’« impopularité ».

Sachant ce qu’elles sont, les familles ont assurément aujourd’hui un devoir inédit de redécouvrir leur poids, leur rôle et leur mission, elles sont la seule clef de l’avenir. On comprend que Benoît XVI ait réservé l’un de ses rares voyages à la Ve rencontre des familles qui se tiendra à Valence (en Espagne) les 8 et 9 juillet prochain, « pour célébrer la beauté et la fertilité de la famille fondée sur le mariage, sa très haute signification et son imprescriptible valeur sociale », dans le pays aux racines chrétiennes où le droit de la famille est peut-être le plus gravement bafoué. Signe des temps : on raconte en Espagne que le gouvernement Zapatero financera la contre-manifestation « gay » qui se tiendra à ce moment- là. Nos adversaires ne se trompent pas de cible. A nous de ne pas accepter qu’elle soit dénaturée.

Jeanne Smits, (Présent du 27 juin 2006)